C'est l'histoire croisée et secrète de ce que pourrait être Musk, visage du technofascisme, et celle de monsieur tout le monde.
Parce que c'est beaucoup plus fun comme exercice, d'abord. Cette première fiction faisait partie d'un ensemble de nouvelles que j'écris depuis quelque temps et que je sortirai sous le titre L'Espion que je n'ai jamais été. Elle ne collait pas avec le fil rouge que je m'étais imposé, elle était déjà plus "touffue" que les autres.
C'est aussi la moins personnelle de toutes, la moins en lien avec ma vie quotidienne. Une fiction construite comme un journal intime mais à visée documentaire. Elle m'a permis de me pencher sur un sujet qui m'agace : les cryptomonnaies, qui ressemblent à une vaste escroquerie tellement il y a du jargon. Et en même temps d'étudier cet extraterrestre de Musk pour lequel je ressens à la fois de l'admiration et de l'effroi.
Il est apparu tardivement dans la construction, mais il est en fait essentiel pour permettre le contraste. Pour moi, Theodor c'est typiquement un gars comme moi, ou comme ceux que je côtoie au quotidien dans mes cercles relationnels. Loin d'être idiot, une bonne culture générale, de ma génération, malgré tout complètement intoxiqué par son environnement.
En dernier. Et c'est peut-être la seule scène où le narrateur dominant disparaît complètement. Theodor existe seul, une minute, avant que tout recommence. C'était nécessaire.
Clin d'œil à la mythologie grecque qu'on ne fait que recycler.
J'ai essayé de faire l'exercice de me mettre dans ses pompes, d'exploiter mes propres penchants robotiques, de me demander ce que ça ferait de pousser tous les boutons de l'autocontrôle au maximum. J'avais en tête une version contemporaine d'American Psycho.
C'est une évolution du mal que nous portons tous en nous. Rien de neuf sous le soleil : nos ancêtres le savaient et le répétaient. Tout progrès technique génialissime est dual.
Ce qui est terrifiant aujourd'hui, c'est notre incapacité à expliquer, domestiquer, diffuser le progrès technique. Parce que ce dernier est désormais plus rapide que ce que notre cerveau collectif est capable d'assimiler. On court après quelque chose qui nous dépasse déjà.
Rien de spectaculaire. J'ai suivi les instructions pour démarrer la publication sur Kindle de manière optimisée, puis je me suis pris un double tacle à la gorge : par l'algorithme d'abord, par une équipe de censeurs en carton ensuite.
Je trouvais que mettre ça en avant c'était assez ironique, assez drôle. Et franchement, il y a un côté vendeur, ne le cachons pas. Ils me refusent ? Tant mieux. Je vais l'exploiter pour en faire de la pub et les emmerder.
Ils se cachent derrière des CGU super vagues. Un peu comme les boîtes de livraison du dernier kilomètre.
Le puritanisme américain, déjà, de base. Et dans le titre il y a trop de mots-clés chauds : "BTC", "consentement". Ça doit mettre des red flags directs dans l'algo avant même qu'un humain lise quoi que ce soit.
La flemme de me battre pour gagner trois queues de cerises. Au départ je comptais ne pas vendre plus de dix bouquins dans ma vie, majoritairement à ma famille, vu que je suis inconnu et en autoédition. Finalement ma famille n'en a acheté aucun et j'en ai vendu une vingtaine dans les 48 premières heures. Donc : en ai-je vraiment besoin ?
Par contraste, oui.
Qu'ils ont des algorithmes spécialement conçus pour le contrôle éditorial. C'est leur coeur de métier initial, la vente de bouquins. Ils n'ont pas abandonné ça.
Mais au-delà : leur interface web est vraiment dégueulasse. Immonde, trop chargée, très 90's. Le colosse se laisse aller.
Évidemment. Seulement je suis juste un peu plus prompt à détecter quand on cherche à me manipuler, et à apprécier de l'être quand c'est très bien fait.
Saturation cognitive. Désintérêt pour le sujet. Les raisons sont multiples. La plupart d'entre nous naviguons juste au-dessus du niveau de la merde : payer ses courses, son essence, gérer sa famille, son taf. Et puis on a oublié que la démocratie n'est pas acquise. On doit se battre. Encore faut-il s'en rendre compte.
Je crois qu'on sous-estime le niveau de débilité et de connerie de celles et ceux qui ont réellement les manettes. Je n'arrive pas à valider la théorie d'un grand architecte des maux du monde, un Epstein ou un Combs qui tirerait toutes les ficelles.
Ce que je vois plutôt : énormément de salopards, de malades mentaux, de vrais psychopathes et sociopathes, une absence croissante de mécanismes de contrôle démocratiques, et des vecteurs ultra-puissants, réseaux sociaux et IA, qui étudient et actionnent nos cerveaux reptiliens à des fins capitalistes et idéologiques.
Il n'est pas tout seul. Il est porté.
C'est le travail des spin doctors, des lobbyistes, de Nabilla, de Macron. Des gens dont le métier est d'influencer.
L'écosystème. Le monde dans lequel on vit, tout simplement. Les spécialistes du renseignement économique (soyons moins vaporeux : du renseignement à des fins économiques) : spécialistes de la protection, de la veille, et de l'influence.
Je ne pense pas. Les cabinets de "strat" qui gèrent leurs intérêts à Bruxelles, peut-être. Mais nous ne sommes pas encore à la hauteur en France. Même le lobby du nucléaire est encore hyper old school. Il s'est fait défoncer par les Allemands.
Aux deux.
Évidemment celui qui a le pouvoir et l'argent. Mais je suis peut-être trop Theodor pour le devenir.
Non. Je pense que nous sommes nombreux à être conscients de cette guerre cognitive qui cherche à conquérir notre temps d'attention, notre temps de cerveau disponible. Ce n'est pas une révélation : c'est un constat partagé qu'on refoule collectivement.
J'approche la quarantaine. J'ai plus peur de mourir en n'ayant pas réalisé ce que je voulais que du qu'en-dira-t-on.
Me réaliser en tant qu'homme et en tant qu'humain. Comprendre, expérimenter, tâtonner, faire, penser, sentir, aimer. Sortir de la vente de mon temps. J'ai envie de transmettre maintenant.
Non.